vendredi 13 avril 2018

16avril2018 : La Nouvelle Lune qui tend les carottes tellement près de ton nez que tu te les prends dans l’œil



Mais qu’est-ce que c’est qu’ce truc.

Honnêtement.

C’est une espèce de blague, mauvaise, et comme un masochiste tu en redemandes plus, alors que tu sais que les blagues les meilleures sont les plus courtes. A moins qu’il s’agisse seulement d’arrêter l’alcool et la cigarette une bonne fois pour toute ?

Et je sais pas, c’est comme si on avait placé devant toi un gros gâteau au chocolat du style « ton gâteau préféré », mais que tu avais des moufles accrochées à tes mains avec du scotch hyper-résistant. Alors la seule façon de manger le gâteau est de fourrer ta tête dedans et de tenter d’attraper des bouts avec ta bouche directement. Sauf que tout est public, parce que tu es au restaurant, et qu’en fait jamais tu ferais ça parce qu’avec le temps tu es parvenu à acquérir un peu de dignité. Je m’explique. Tu vois les rêves, les vrais, ceux qui sont réalisables ?

Ce que tu es et ce que tu souhaites devenir qui, tout à coup, sont si proches l’un de l’autre que tu peux frôler du doigt cette personne que tu as toujours voulu être. C’est là. Il y a tout, simplement ça ne va pas.

Oh, pour une fois, je peux dire que je ne me suis pas plantée à propos de « ce qui me correspond vraiment ». Parce que maintenant je sais que ça se joue dans les ressentis corporels, et que si le bidou est content, ça veut dire que je suis contente.

Et je suis contente.

Mais.

*Glapissement soupirant*

Mais, je suis arrivée à ce genre de stade où la transition entre « moi du passé » et « moi du futur » peut pas se faire de manière douce. Parce que 2 valeurs entrent en opposition. C’est quand tu « sais » mais que tu « veux pas savoir ». Une valeur t’empêche d’avancer.

Exemple concret (parce que ça m’est déjà arrivé par le passé) :
Quand je voulais devenir thérapeute, et que je me l’autorisais pas. J’imaginais ce que ça pourrait être, et je poussais un glapissement soupirant, parce que « ça serait tellement bien ! ». Mais tu comprends, je n’avais pas les diplômes, je n’étais pas assez bien, et je n’étais pas assez responsable, etc. Et quand même, il aurait été mieux que je me trouve un « vrai métier », n’est-ce pas, un métier qui existe déjà. Qui crée son propre métier ? Ha, pas « moi » pour sûr ! Parce que je suis quelqu’un de « sérieux » et de « normal », et donc, tout ça, c’est de la foutaise pour gens barjo.

Tu vois le « moi du passé » et le « moi du futur » avaient des valeurs tellement éloignées que la transition prenait des allures de saut dans le vide.


C’est exactement ce qui se passe en ce moment pour moi, et c’est autre chose qui est remis en question.
(Parce que je suis thérapeute, tu te doutes bien que j’ai d’ores-et-déjà résolu le dilemme décrit ci-dessus).


Et c’est ce que fait cette nouvelle lune.
En fait c’est ce qu’elle me fait à moi, aucune idée de si ça se présentera pareillement chez les autres.
Dans le doute je vais partager cet article.
Mettre des mots des fois ça éclaircit le bordel.

samedi 31 mars 2018

31mars2018: La pleine Lune qui a tapé un grand coup là où ça fait mal, pour voir si tu résistes au choc


Je ne reconnais plus rien de ma vie et c’est déstabilisant.

Quand je me sers des céréales aujourd’hui il règne une atmosphère matinale étrange, quand je regarde les réverbère et le jour qui n’est pas encore levé, tout semble si lent. Tu sais jamais je n’aurais cru être en sécurité sur Terre, mais c’est le cas. Et rien que pour ça, j’ai envie de pleurer.

Ça n’est plus pareil aujourd’hui quand j’ai mal. Depuis longtemps en fait. En fait je ne compte plus les jours. L’imposture c’est de faire croire que je souffre encore, parfois je me prends de compassion pour la petite personne que je suis et je me dis que c’est beaucoup de boulot d’en prendre soin. Parfois je n'y arrive même pas toute seule! Mais je pense que c'est normal.

Mais voilà. J’arrive à traverser la vie différemment, par une espèce de miracle. C’est de la magie. Comment vous dire. C’est comme vivre deux états émotionnels en même temps, sauf que l’un est plus profond.

Il y a la gorge qui se serre, les abdos qui se contractent, et je vis au rythme de la lune et des précipitations météo. Il y a ce truc au fond derrière qui reste là quand même. C’est pas une émotion, tout compte fait. C’est permanent. Comment te dire. Même quand j’ai envie de mourir je vais bien.

J’ai souffert dans ma vie d’un mal de l’âme, exister en n’étant pas incarné est sûrement la pire des souffrances que j’ai connu. Et CA c’était dur. Aujourd’hui rien n’est dur, même quand je le dis. Parce que la vie est surréaliste et qu’au final nous sommes terriblement bien fichus. La douleur, au fond, est agréable quand on sait vivre.

Quelque chose ne sonne pas juste dans la recherche de la joie permanente. Comment peux-tu savourer un plat quand tu es affamé ?

Comment peux-tu réellement être en joie si tu ne sais pas vivre sans ?

C’est une imposture, la voilà, la seule imposture qui soit.

On croit qu’on n’est pas assez, qu’on a merdé, qu’on n’a pas fait assez bien, qu’on a passé trop de temps à pas être heureux, qu’on a fichu en l’air des trucs, qu’on s’est trompé, et j’en passe. Mais ça n’est qu’une imposture. Ça n’existe pas. Ça n’est pas ça, être en joie, c’est pas être souriant. Pas non plus illustré par ta réussite sociale. Ou même ce que tu as apporté au monde. Parce que tout ça ne vaut rien du tout si ce n’est dans l’œil qui regarde.

Comment te dire à quel point nous sommes des imposteurs quand on croit qu’on n’a pas le droit.

Je crois que je suis un imposteur tous les jours. J’aimerais tellement passer ce message.

Si tu sais pas être en joie ET être au bout du bout, j’aimerais te dire que c’est possible. Ben ouais chéri bienvenu au pays des vivants.

Et en fait je sais pas mais j’ai de la peine quand je constate à quel point on a peur du malheur, de la malchance, de l’épreuve, de la blessure. J’ai pas peur de ça au « fond » du « fond ». J’ai peur de ça dans mon corps, et c’est ce qui prouve que je suis un être vivant. Mais on n’est pas obligé d’en avoir peur au « fond » du « fond », ton âme, elle, est immortelle. Comment sais-tu que tu es vivant dans les épreuves si ce n’est par ta souffrance ? Comment crois-tu que ton corps est censé réagir quand tout va mal ? Pourquoi tu ne te réjouis pas du fait qu’il fonctionne bien ? Ben oui mon gars si ça va pas ton corps fait mal, et ça je trouve que c’est réjouissant.

Ben moi je trouve que pleurer quand on est triste c’est réjouissant.

Comment te dire à quel point j’ai pas eu le droit de vivre et à quel point c’est précieux le malheur ? Tu vois pas ? Quand tu souris tu profites d’un moment agréable, quand tu pleures tout à coup tout devient épreuve, et d’où te permets-tu de sélectionner ce qui est valable ?

Et les imperfections et les hontes, et les choses que tu aimerais (mentalement) changer chez toi, et toutes ces critiques que tu te fais, et les « grands principes » que tu respectes pas, où sont tes belles « valeurs » quand tu ne contrôles plus tes actes ?

Tu sais quoi ?

Dieu n’en a rien à faire des belles valeurs. Le réel est plus fort que toi, comme dirait Laurent Martinez.

Le réel c’est pas ce que les autres disent, et c’est même pas ce que tu dis toi. Le réel ça se dit pas, ça se vit, c’est pour ça que personne peut le déformer.

Tu crois que tu peux déformer le réel parce que tu choisis de voir seulement une tranche du gâteau, c’est pas pour autant que le gâteau disparaît.

Il me semblait important de rappeler tout ça en ce soir de pleine lune qui hérisse mes poils et fait bouillir mon sang. J’aime pleurer les gars. Et rire est mon épreuve. Quand je ris toute la charge traumatique remonte et je sais alors combien j’ai pris pour avoir osé rire et combien j’ai pris pour avoir osé ne pas rire. C’est mon épreuve à moi et quand je ris face caméra vous pouvez pas savoir comme ça me fait drôle. Je ris beaucoup, vous savez, en fait, je ris autant que je pleure. Mais c’est toujours l’humour qui est le plus difficile.

Et j’aime aussi ce qui est difficile.

J’aime ce qui est cadavérique et j’aime ce qui est dégoûtant.

La mort et tout ce qui fait rire nerveusement tellement c’est pas supportable.

J’aime ça, pour tout ce qui dans le réel est oublié, trié, relégué. J’aime le réel qu’on a laissé tombé. Parce qu’on l’a laissé tomber. Ça me donne l’impression d’être proche de quelque chose ici et ça me donne un ancrage incroyable.

Je vois pas le mal et le bien, je vois pas l’achevé et l’inachevé. Je vois le visible et je vois l’invisible. Et je choisis d’aimer ce qui n’est pas visible, parce que moi non plus je le suis pas.
Peut-être qu’un jour tu comprendras qu’une beauté certaine se cache dans une merde de chien ! (Uhuhu)

Comment te dire à quel point on a besoin de cet équilibre, comme pour… Vivre, en fait ! En fait il n’est pas possible de maintenir un environnement favorable à la vie sans destructions et protections !

Et d’ailleurs, tu sais… Il n’existe aucun progrès sans imperfection. Aucun mouvement sans couille dans le pâté.

(Tu penseras à moi la prochaine fois que tu verras une merde de chien, rien que pour ça j’ai envie de publier ce texte, c’est incroyable mais ça me dépasse. Mon âme rigole et mon ventre se plaint. Exister c’est vraiment une affaire de brutes !)

Bon ben y a pas de fin, c’était un partage spontané !

samedi 24 mars 2018

J'ai peur de finir ma vie parce que je veux que ça finisse bien


24.03.2018

Parfois, quand ça devient trop dur, je me couche par terre au milieu de la pièce.

Je ne cherche pas à trouver du confort, je ne cherche pas à attirer l’attention, je cherche juste le contact du sol, vite, vite, le plus vite possible.

Tu sais, je ne le fais jamais devant les autres. Mais j’en ai besoin. Le contact froid et impitoyable du sol me ramène à la réalité. La vraie.

Autrement, ma vie ressemble à un film. Un mauvais film, parce qu’il plait à beaucoup de gens. Les mêmes gens qui, après être sorti de la salle de cinéma, vont parler à des personnes qui vivent ce qu’on voit sur les écrans, et ne pas savoir quoi faire de cette réalité. C’est plus beau quand c’est pas vrai.

J’ouvre une bouteille de vin rouge et me demande si je vais devenir alcoolique un jour. Ma propension à être accro à des trucs est assez impressionnante. Mais je ne crois pas. J’aime trop regarder la vie, le film, c’est ce qui me fait tenir. Devenir accro à des trucs qui brouilleraient ma perception, est quelque chose qui casserait ce pour quoi je suis ici. Spectateur. Je suis spectateur de tout, chaque instant est passé au crible de mes expériences passées comme si j’avais mille années derrière moi. Mille années de pleine conscience et toujours pas Dalaï-Lama. Je vois tout ce qui passe devant mes yeux, et c’est pas peu de le dire. Je vois tout et je sélectionne des bouts de réalité, comme un enfant découpe du papier, pour en faire des miettes d’histoires. Que je colle ensuite les unes aux autres.

Depuis quelques temps, je dois coller les bouts d’histoire sans chercher à les arranger, et c’est très dur. Parce que ce que je vois me fait gerber. Ma vie présente est le reflet que l’on voit dans les yeux de tous, ça se répète encore et encore, je connais la musique comme si je l’avais chanté le premier. (C’est tellement, tellement pas le cas !)

Je veux découvrir ce qui se passe quand tout devient parfait mais je crois que c’est utopique. Je crois que ce que j’essaye de faire est impossible, et c’est probablement la raison pour laquelle je n’y arrive pas. Je sais que je vais y arriver et ça me dégoûte d’avance.

« Tu as tout réussi. »
« Comment ça se fait que tu puisses tout faire ? »

Z’êtes où quand j’arrive à rien ? Pourquoi vous êtes pas là quand j’arrive à rien ??? C’est quand on n’arrive à rien que naissent les miracles bon sang, y a pas de MacGyver sans catastrophe nucléaire.

Je suis fatiguée du film. C’est un mauvais film. Comme tous les mauvais films, vous pouvez pas partir sans connaître la fin. Vous savez pourquoi ? Parce que si vous partez avant la fin, vous allez devoir vous retaper tout le film, le jour où vous voudrez, à nouveau, connaître la fin !
Je suis venue ici probablement pour ça (moi le mental), et je suis restée ici probablement pour ça. Je n’ai pas pu faire face à la possibilité de ne jamais connaître la fin. Aucune fin n’est satisfaisante.


C’est ce que m’a dit mon thérapeute, qui m’a marqué. Il a dit que les personnes comme moi avaient peur de la fin et de la mort. J’ai remarqué que c’était particulièrement vrai dans les moments où il s’agissait de la mienne, de mort. Je n’ai pas peur de mourir, en fait, j’ai peur de finir ma vie.

Je veux finir ça proprement. J’ai beaucoup passé de temps à réfléchir à mon enterrement, on peut dire que c’est quelque chose qui m’obsède. Quand je vois des musiques extrêmement belles passer quelque part pas loin, je ne peux m’empêcher de les rajouter sur la liste. La liste du casting pour être la BO de mon enterrement. Je ne suis pas tout à fait décidée. Je crois que c’est important d’être bien enterré parce qu’au final, c’est tout ce que les gens retiennent, et donc la vie, et donc l’univers, et donc tout ce qui importe. Les existences séparées sont faites pour être vécues, le contenu est strictement sans importance à partir du moment où il a été apprécié sous la dent.

Même si je pense souvent que la vie est un assortiment de merdes qui se suivent, je pense aussi souvent que la vie est la chose la plus merveilleuse qui existe, et que j’aimerais qu’elle dure toujours. Vous savez, tout ça, pour moi, n’a aucune importance. Que je souffre ou que je sois en joie, j’ai vécu assez longtemps sur cette planète pour avoir compris que ça n’avait aucune espèce d’importance. Ça n’est que passager. Le mental n’a rien à faire de ça alors ce n’est jamais de ça dont on parle, avec des mots.

Les mots racontent des histoires, et je crois que le drame de ma vie est de ne jamais parvenir à écrire une histoire qui pourraient comporter une fin satisfaisante. Parce que quand arrive le moment de partir, je ne peux pas. Et donc je ne suis pas libre. Ça met mon mental en cage. Le gros piège c’est que le mental c’est ça.

Si vous saviez tous les barreaux que j’ai dû scier pour en arriver là. Je ne pouvais même pas dire un mot, avant. J’ai beaucoup de tendresse pour ceux qui ne peuvent mettre un pied dehors, et ceux qui ne savent pas lire, sans pouvoir apprendre. J’ai aussi beaucoup de tendresse pour ceux qui ne savent pas bien écrire, comme mon papi, qui font des fautes mais avec une jolie écriture. Ils apportent un soin tout particulier aux mots qu’ils utilisent mais l’orthographe n’y est pas. Elle traduit leur accent, comme celui de mon père, ou bien l’âge auquel ils ont quitté l’école, comme ma mamie.

J’ai commencé à écrire très tôt, en fait, je voulais pouvoir écrire des histoires. Je pouvais écrire et lire mes histoires toutes seules. C’est la raison qui m’a poussé à me ruer sur ces trucs. Ma mère me lisait toujours une histoire le soir, et je voulais que ça cesse. Alors, je pouvais lui dire : « Je préfère lire toute seule ! » et elle me laissait tranquille. En fait je crois qu’elle était fière de moi. J’aimais beaucoup qu’elle me lise des histoires, mais parfois j’avais juste envie qu’elle s’en aille. En fait j’ai compris assez tôt que les histoires qu’on me racontait n’avaient pas pour vocation de partager de l’amour avec moi, malgré ce qui était prétendu.

Et je crois que j’ai commencé à me sentir seule quand j’ai compris que mes histoires à moi ne seraient jamais lues non plus. Parce que j’avais fait des fautes, parce que mon écriture était bizarre. J’ai écrit une histoire de merde, sans faute, et ça a tellement plu à mes parents que ma mère en parlait à tout le monde. J’ai détesté cette histoire, je voulais seulement montrer que je n’étais pas stupide. Ma mère m’a poussé à montrer ça à la maîtresse qui a voulu que je lise ça devant toute la classe. Je crois que j’étais très gênée.

Quand est-ce qu’on montre les vrais humains ? Où est passée la sauvagerie ?

Mon histoire à moi ne prendra pas fin avec une bouteille de vin rouge, mais avec quelque chose qui fait peur aux gens civilisés. Pour cette raison, je ne peux pas mourir aujourd’hui, et je vais continuer à regarder le film.

Combien de soirs a-t-on passé, ô toi qui me lit, à contempler le vide et s’anesthésier ? Parfois quand tu regardes dans le miroir, c’est moi qui te vois. Je souhaite que ton cœur ne devienne jamais vieux. Je souhaite qu’aucune bataille n’ai raison de toi.

samedi 10 février 2018

J'ai 23 ans, tant que l'on veut, j'aurais 23 ans autant de fois qu'il le faut.




Et tous les jours je me lève pour recommencer

Que ce soit joli ou pas m’est totalement égal, que ça signifie quelque chose est insignifiant. Je veux juste vivre. Et je sais qu’à chaque fois que quelqu’un me parle d’une beauté qui prétendument serait la mienne –mais attention, on ne parle pas que d’apparence, bien sûr, prétendument la beauté de mon âme à travers cette apparence, et tutti quanti- je me révulse à l’intérieur.

« Mais de quoi tu te plains ? »

Je me plains pas. Ce n’est pas un son. C’est moi qui arrache ta tête en étant consciente que ce n’est pas de toi dont il est question. Heureusement que ça n’a lieu que dans la mienne, de tête.

Et tous les soirs je me couche sur la fréquence saturée de l’épuisement, tu sais pourquoi.

Je me fiche que ce soit joli ou pas, je veux juste le vivre, ce moment où ça va s’arrêter. Je veux juste vivre ce moment où je pourrais entendre sa voix sans trembler. Et je ne sais même pas s’il s’agit de moi, ou de mon faux self. Je n’en peux plus. A chaque fois que je l’entend je n’en peux plus, toute force me quitte, je tremble comme si c’était la fin. Je tremble et mon cœur bat fort, je pourrai sentir mes pupilles se dilater, comme un lapin pris dans les phares avant l’impact.

« Et de quoi t’as peur ? »

« Et de quoi tu te plains ? »

« Et tu te débrouilles bien, et tu vas vite »

Mais je suis entourée d’amour, c’est pas croyable. Plus je chute et plus on m’aime. Plus je chute et plus je me révèle telle que je suis, et je reçois tellement de bienveillance que j’ai envie de vivre maintenant. Pas pour moi, pas pour vous, pour le monde, et bientôt ça sera pour moi j’espère. Vous avez trop porté le poids de ma vie, tous les êtres qui me sont cher, et tous ceux qui ont voulu me voir pour de vrai, et tout l’amour qu’on a partagé.

Vous m’avez vu, et vous m’avez donné vie, et maintenant je pense à vous toutes les nuits.

Je vous vois dans mes rêves, vous m’apparaissez tous, toutes les nuits. Ma vie défile devant mes yeux et vous êtes là. Aucun d’entre vous n’est épargné par la longue liste de ceux qui m’ont vue. C’est avant qu’il n’arrive, le monstre dans mon ventre, le petit monstre dans ma tête, le monstre qui fut moi et le monstre que j’ai apprivoisé, enchaîné, drogué, lâché, retrouvé, reperdu, évité. Le corps est moi maintenant on est confus. Moi et l’esprit maintenant on ne sait plus qui on est, parce qu’il est là, toutes les nuits, et que je ne sais pas ce qu’il est. Je ne sais pas qui est qui, et qui est moi.

Et je vois tous les visages que j’aime se dérouler devant mes yeux, former des scènes, des conversations, je sais que je tiens les commandes, je sais que c’est ma tête –je ne dors jamais vraiment, vous savez ? Lucide pendant les rêves pour ne pas perdre la tête. Et encore une fois, ça vient, comme un coup de tambour, je ferme les yeux, je me détends, ça survient.

Des cris, des coups, des images qui se brouillent, un court-circuit dans mon cerveau. Et je vois vos visages devenir autre chose. Je vois les êtres familiers devenir des ennemis, je vois les yeux des gens que j’aime devenir autre chose. Et je ne tiens plus les commandes. Je perds le contrôle, je perds la pression, dépression dans mon corps, et je panique. Je crois que c’est moi mais je n’en suis pas sûre.

Mais alors, qui est-ce pendant que je suis réveillée ? Est-ce que je mens toujours autant sans le savoir ? Et la journée, est-ce que ce n’est vraiment pas moi ? Qui est qui, et quand ?

Et j’entends la voix qui parle plus fort. Elle parle et il y a toujours un demi temps de silence après. Ça jette un froid. On croit que c’est une voix normale, une voix qui se mêle aux autres voix, et elle semble parler innocemment, mais elle dit autre chose. Elle fait des sons qui ressemblent à des phrases mais qui n’en sont pas. Elle crée des visages qui ne sont plus des visages, et c’est comme si je voyais le fond de la cave, le fond du caveau, brut.

Vous savez la lumière de la bougie fait danser les ombres, et vous vous imaginez une ambiance aux chandelles, là où il n’y a que de la pierre brute sur les mur et de l’humidité et des parois rocheuse là où vos mains se posent, et de la poussière et de la terre sous vos ongles, et des sensations qui semblent plus réelles que le reste, parce que ça l’est.

Et c’est ça que ça fait.  Ça vous sort du rêve. Ça choque. Quelque chose est anormal, vous voyez ? Ça parle et toutes les autres voix sont choquées, et vous réalisez que quelque chose d’important est survenu, et là vous croyez entendre l’écho de ce qui vient de parler, mais déjà vous n’êtes plus sûr, vous l’avez senti, c’est plus là, mais où est-ce donc ?

Comme une araignée qui passe, vous n’avez pas peur pendant une demi-seconde, puis la surprise survient, et là vous réagissez mais elle a déjà disparue. Mais où est-elle ? Qu’a-t-elle voulu faire ?

Je me réveille tous les matins pour recommencer, je n’aime plus mon corps mais j’aime mieux me sentir dedans. En ces instants où la voix hurle le soir je n’aime pas rester dans mon corps parce qu’il m’est hostile, parce que si je fais ça je suis boutée hors-de-lui, hors-de-moi. Ejectée.

Mais je me réveille tous les matins pour recommencer, parce que je sais que mon défi est juste de faire en sorte que mon corps soit accueillant, et que je me vois dedans, que je sois dedans, pour qu’il puisse m’accueillir le soir quand je me couche.

Et je me réveille tous les matins pour recommencer, parce que la nuit précédente j’ai échoué, comme toute les nuits.

Et je me souviens de toutes ces nuits passées à me dire que ce n’était rien. Je me disais que je ne devais pas faire de bruit, je ne devais surtout pas montrer que ça m’arrivait, que je me tordais de douleur la nuit pour éviter de pleurer vraiment. Je ne devais pas avoir mal en public, vous savez. Il m’était interdit d’avoir mal en public si c’était ce qui m’arrivait, il m’était interdit de montrer que ça pouvait faire mal. Ça n’était pas moi le problème, mais juste ma douleur. Et je me souviens de ces nuits passées à avoir mal et à lire, comme je lis aujourd’hui, comme je m’assomme de vidéos und so weiter. Ça fait mal, vous savez. Ça n’est pas parce que je reste de marbre que je n’ai pas mal, mais parce que la douleur me fige vous ne verrez rien. Vous ne verrez jamais la souffrance en moi, vous ne verrez que les miettes de joie qui s’exprime quand je montre que j’ai des émotions, même celles qui semblent douloureuses. C’est de la joie, vous ne verrez que de la joie sur moi.

Vous ne me verrez jamais avoir mal, car ma douleur me fait figer. Je n’existe plus en moi quand je souffre, la vérité, c’est que je pourrai opérer ma propre mère à cœur ouvert quand j’ai mal pour de vrai, car alors, je n’ai plus de cœur moi-même.

Et j’ai cru que c’était une capacité spéciale. Et c’en est une. Et quelle capacité, mes aïeux, quel prix à payer pour la survie. Et j’ai voulu en tirer parti mais je courais droit à ma perte, tout droit dans le mur. Quand j’ai vu à quoi pouvait ressembler d’opérer quelqu’un j’ai été très enthousiasmée de voir que je pouvais commander cet état où rien ne m’atteint, et où mes gestes deviennent précis. Je n’existe plus et je suis là au loin pour voir mon corps faire des choses, comme si je commandais une marionnette. Et je me disais que ce monde avait bien besoin de ce genre de capacité, et que je pourrais me rendre utile avec ça, par exemple, ça faisait de moi quelqu’un qui n’a pas peur devant un corps ouvert.

En réalité ça faisait de moi quelqu’un qui n’avait pas peur devant une âme ouverte, et c’est toujours le cas, et c’est ce qui fait le plus peur au monde car c’est de là que vienne tous nos maux. Nos avons peur d’un corps ouvert pour la même raison que nous avons peur d’une âme ouverte, oh, il est inutile de le décrire, vous sentez cette sensation, et c’est suffisant.

Et je me suis dit après bien des péripéties que cette capacité n’avait jamais été bonne pour moi. Pour la simple et bonne raison que je ne peux pas entretenir ça et en même temps exister. Et que donc, je dois faire un choix.

Ça ne me dérange pas d’y renoncer, parce que j’ai renoncé à sauver le monde à présent, ça m’aurait dérangé avant, de ne pas pouvoir apporter quelque chose d’aussi utile sur la table. Mais rien ne sera plus utile que ma présence pleine et entière, car c’est ce qui est le plus utile au monde pour chaque être vivant. Et qui peut se vanter d’être pleinement présent, ici ? Pas beaucoup de personnes, moi je vous le dis. C’est que ça manque cruellement, ça aussi. Mais ça ne me sauvera pas que de vivre pour le monde.

Alors je me lève tous les matins pour recommencer, et le corps est lourd et souffrant, et c’est mon âme qui souffre dedans. Je dois me rappeler mécaniquement de me lever pour manger, car je me laisserai aller à un sommeil sans fin si je n’étais pas au courant que les humains doivent manger pour vivre. Entre deux eaux, je soupire : « Je suis si fatiguée », je ne veux pas me réveiller, mais quand je le suis assez je réalise que le sommeil ne m’aidera pas. Ma fatigue n’est pas de celles-là.

Alors je me lève pour recommencer, et prier pour que le matin suivant ne soit pas un de ceux-là.

Je suis comme sur le fil du rasoir. Je dois m'épuiser mais pas trop. Je dois m'épuiser pour dormir, mais pas trop, car si je ne peux pas me réveiller assez, je suis coincée dans les états de semi-conscience et c'est une boucherie.

Je dois m'épuiser pour pouvoir tomber dans le sommeil sans trop d'effort, mais pas trop m'épuiser car je dois pouvoir me lever le lendemain, pour recommencer.


Je le fais parce que je veux vivre. Et je le fais parce que ça marche. Ne croyez pas que j'agirai en vain, rien de ce que je fais n'est vain.


Inutile pour le monde, mais jamais vain.

J'apprends à me légitimiser et je sais qu'aucun de mes gestes n'est choisi par hasard, aucun de mes comportements n'est là pour rien. Je le sais quand je me vois, comment pourrait-il en être autrement?

Chronométrée comme un automate, paramétrée comme une retardateur, programmée comme un autre qui voulait être là à ma place.

Sauf que l'autre, c'est moi.

Je n'ai jamais connu ça de manière aussi intime, j'ai tellement toujours eu peur de la folie, que je ne savais même pas que j'en avais des graines, vraiment, je croyais que je me jugeais trop fort. Je croyais que j'exagérait, pour me protéger de la vraie folie.

Mais en réalité j'ai toujours été sur le fil du rasoir, et on peut dire que je l'ai échappé belle.

Et tous les jours je fais des gestes obscènes à la folie et la nargue car elle ne m'attrapera jamais.

C'est ma façon de ne pas avoir peur.

Comme un enfant face à un ours, qui fait la grimace et s'enfuit.

Comme pour conjurer le sort.

Nous avons tous besoin de nous faire croire qu'on peut, vous savez, quand il le faut, il le faut. Briser la glace, et ne pas rester paralysé par la peur, vous devez tenter quelque chose, même si c'est absurde, et vous le faites, et la plupart du temps c'est le rire, et les chansons qu'on fredonne pour se donner du courage.




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